C'était au beau milieu de notre tragédie/Et pendant un long jour assise à son miroir/Elle peignait ses cheveux d'or je croyais voir/Ses patientes mains calmer un incendie/C'était au beau milieu de notre tragédie/Et pendant un long jour assise à son miroir/Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit/C'était au beau milieu de notre tragédie/Qu'elle jouait un air de harpe sans y croire/Pendant tout ce long jour assise a son miroir/Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit/Qu'elle martyrisait à plaisir sa mémoire/Pendant tout ce long jour assise à son miroir/A ranimer les fleurs sans fin de l'incendie/Sans dire ce qu'un autre à sa place aurait dit/Elle martyrisait à plaisir sa mémoire/C'était au bon milieu de notre tragédie/Le monde ressemblait à ce miroir maudit/Le peigne partageait les feux de cette moire/Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire/C'était au beau milieu de notre tragédie/Comme dans la semaine est assis le jeudi/Et pendant un long jour assise à sa mémoire/Elle voyait au loin mourir dans son miroir/Un à un les acteurs de notre tragédie/Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit/Et vous savez leurs noms sans que je leur aie dit/Et ce que signifient les flammes des longs soirs/Et ses cheveux dorés quand elle vient s'asseoir/Et peigner sans rien dire un reflet d'incendie. Elsa au miroir, Aragon

C'était au beau milieu de notre tragédie/Et pendant un long jour assise à son miroir/Elle peignait ses cheveux d'or je croyais voir/Ses patientes mains calmer un incendie/C'était au beau milieu de notre tragédie/Et pendant un long jour assise à son miroir/Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit/C'était au beau milieu de notre tragédie/Qu'elle jouait un air de harpe sans y croire/Pendant tout ce long jour assise a son miroir/Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit/Qu'elle martyrisait à plaisir sa mémoire/Pendant tout ce long jour assise à son miroir/A ranimer les fleurs sans fin de l'incendie/Sans dire ce qu'un autre à sa place aurait dit/Elle martyrisait à plaisir sa mémoire/C'était au bon milieu de notre tragédie/Le monde ressemblait à ce miroir maudit/Le peigne partageait les feux de cette moire/Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire/C'était au beau milieu de notre tragédie/Comme dans la semaine est assis le jeudi/Et pendant un long jour assise à sa mémoire/Elle voyait au loin mourir dans son miroir/Un à un les acteurs de notre tragédie/Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit/Et vous savez leurs noms sans que je leur aie dit/Et ce que signifient les flammes des longs soirs/Et ses cheveux dorés quand elle vient s'asseoir/Et peigner sans rien dire un reflet d'incendie. Elsa au miroir, Aragon
Ceci est une autre des mes nouvelles, un peu moins concentrée sur le style que la première.


Aile B

smileÇa faisait bien longtemps que les prisonniers de l'aile B n'avaient pas reçu de visiteur. C'est pourquoi on peut comprendre que ce matin-là, l'ambiance était électrique. Et pour ne rien arranger à l'atmosphère hargneuse et excitée qui régnait, Fabrice Bourdin s'était mis sur son 31 et l'odeur camphrée de son déodorant embaumait jusqu'à l'autre bout du bâtiment. C'était une prison comme les autres, avec des prisonniers qui claquaient les portes, qui arrosaient quotidiennement les gardiens d'un chapelet d'injures plus ou moins originales et où, pour cette raison, le trafic de boule Quies concurrençait le trafic de cocaïne.
smileComme dans toutes les autres prisons, il y régnait la loi imperturbable et naturelle du plus fort. Comme dans toutes les autres prisons, il y avait un endroit de l'austère bâtisse qui était le moins agréable à surveiller pour les gardiens, endroit qui contenait les détenus les plus dangereux, endroit qui appliquait à la lettre ladite loi du plus fort, endroit ou il ne faisait pas bon être. À moins d'être une masse informe de 80 kilos de muscles recouverte de cicatrices, et ornée évidemment, des essentiels petits yeux glacials qui caractérisent le vrai « caïd ». C'est un endroit où on ne mettait pas les petits rigolos qui arrivaient par douzaines dans la prison. J'ai nommé l'aile B.
smileOn comprendra donc aisément que les prisonniers de l'aile B ne s'attendaient pas à avoir de la visite de sitôt et que l'excitation les ait gagnés aussitôt la nouvelle apprise. Évidemment personne n'avait jugé bon de les informer de la raison de la visite, et encore moins de l'identité du visiteur. La voix dans le micro avait déclaré de son habituel ton morne : « Aujourd'hui à 15h30, visite collective dans la grande salle pour les résidents de l'aile B ». Pour ne rien arranger, aucun des prisonniers n'avait l'heure (sauf Joachim Benhraï, mais on pouvait être sûr que, terré dans sa cellule, il n'en ferait profiter personne). Alors les paris allaient bon train :
« - Hé Momo ?150 que c'est le père fouettard !
- T'es con toi ! Y'en a rien à faire de nous le père fouettard ! »
(Le père fouettard est un gentil et affectueux sobriquet inventé par la communauté de l'aile B pour désigner le directeur de la prison)
« - Eh Fabrice ! Tu cocotes !
- Il fait ça pour cacher l'odeur !
- 150 que c'est le père fouettard !
- 200 que c'est pas lui !
- Tenu !
- Moi je vous dis, c'est l'autre qu'a encore inventé un atelier poterie ou une connerie dans le genre...
- 300 que c'est Amine qu'a raison !
- Ferme-là Golum on t'as pas sonné ! Et Joachim, il est quelle heure ?
- Allez vous faire... »
smileIls furent finalement interrompus par l'intervention brillante du gardien :
« - IL EST 2H ET QUART »
smileIntervention qui calma tout le monde durant une petite minute. Puis à travers les portes blindées un murmure s'éleva :
« - 2h et quart ? Mais...
- Non...
- Seulement ?
- Mais on a pas mangé non ?
- Mais si ducon !
- Encore...Eh, Fabrice ?ça fait encore combien de temps à poireauter ?
- Qu'est-ce que tu veux que j'en...
- Ferme là, toi, avec ton parfum de vieux, ça fait encore une heure et quart.
- T'est sûr ?
- 300 que ça fait encore une heure et demie !
- T'est neuneu ou quoi ? Ça fait 1h et quart ! »
smileBref. Personne n'aurait pu faire taire, en cet après-midi de mars, les détenus de l'aile B. Du moins, pas avant 15h30, heure de ladite visite. Le gardien qui effectuait sa ronde poussa un soupir éloquent et remit ses boules Quies.
smilePersonne ne savait si l'aile B de la prison avait toujours été aussi miteuse. Mais personne s'en souciait, elle l'était. Personne ne se souciait non plus de savoir si ses pensionnaires avaient toujours été aussi miteux qu'elle. Ils étaient une centaine, peut-être bien cent cinquante à partager l'aile B de la prison. Les « résidents à risque ». Condamnés à plus de dix ans de prison, ils étaient âgés de dix-huit à cinquante-trois ans. Aucun d'entre eux n'avaient perdu leur musculature ou leurs sens aiguisés de l'embrouille et de la bagarre. Par contre, ils n'étaient pas nombreux à avoir conservé toutes leurs dents.
smileIl était difficile de croire, une fois dans l'aile B que la vie continuait en dehors de la prison. Pourtant le temps s'écoulait en dehors de ses murs décrépis Des gens y menaient une vie normale. Jamais au coin de leur tête ne se formait l'image d'un couloir interminable aux parois lépreuses et serties de portes de fer, blindées et grises. Jamais ils n'entendaient comme une musique de fond les insultes quotidiennes, le coup de tête contre les portes d'acier, les chuintements de fer et les menaces sifflées entre les dents. Jamais ils ne sentaient la vague d'espoir dans le c½ur rassis et sec des pires crapules de la région lorsque la voix morne sortait des hauts parleurs grésillants. À vrai dire, ils se fichaient totalement de l'existence des résidents de l'aile B et ils avaient bien raison. Après tout, les prisonniers de l'aile B ne nourrissaient à leur égard qu'une haine profonde, puis, finalement, une indifférence pareille à la leur. Des deux côtés, on préférait ignorer les autres, ça a toujours été comme ça. Pas de raison que ça change.
smileMais c'est l'exception qui confirme la règle, n'est-ce pas ? Il existait bien une personne qui pensait fort à eux en regardant leurs photos en noir et blanc. Une seule sur 6 milliards d'humains. C'est déjà assez pour faire tourner fou cent-cinquante personnes enfermées dans l'aile B d'un bâtiment sordide. Les yeux noisette qui scrutaient cette feuille d'identité se plissaient régulièrement, les photos n'étaient pas d'une très bonne qualité, mais on devinait le propriétaire des yeux atteint d'une myopie assez prononcée. Le c½ur de celui-ci s'accélérait. On aurait pu dire que c'était une âme sensible. Ou alors que c'était une pauvre âme qui n'allait être confronté à un groupe de cent cinquante repris de justice dans exactement 1h15. D'accord c'était payé en heures supplémentaires mais quand même...
smileLorsque la seule personne sur 6 milliards qui pensait à eux entra dans la prison, un frisson la parcourut. Que faisait-elle là ? Les détenus n'étaient pas encore arrivés, elle en profita pour reprendre longuement son souffle, se masser légèrement les tempes, se promettre de passer chez l'opticien en revenant, et farfouiller dans ses notes de ses mains fébriles. Il était 15h. Le stress emplissait la grande salle de l'aile B. Encore une demi-heure. Par la petite fenêtre, un corbeau regardait la silhouette tirer bruyamment une chaise, soupirer et se ronger les ongles jusqu'au sang.
smileCa faisait bien longtemps que les prisonniers de l'aile B n'avaient pas reçu de visiteur, mais ça faisait encore plus longtemps qu'ils avaient été surpris par quoi que ce soit. On s'attendait à tout dans l'aile B de la prison. On s'attendait à tout sauf à cette visite-là. On s'attendait au président, à un nouveau venu, à un atelier pour changer les couches même. Mais pas à ça. Sûrement pas à ça. Une jeune femme. Une jeune femme ! Le plus ancien des prisonniers n'en avait pas approché une depuis plus de trente ans. Elle était svelte, très jolie dans sa jupe bleu marine très ample et son chemisier blanc. Ses cheveux attachés en un chignon de maîtresse d'école laissaient voir son long cou et ses yeux noisette se plissaient trop souvent à cause de la myopie.
smileDe toute façon, les détenus n'avaient rien vu de tout ça, elle aurait pu être grosse et habillée comme un sac, les cheveux gras pendant autour d'un visage boutonneux. C'était une fille et elle avait vingt-cinq ans. Ça suffit pour allumer aussitôt dans les regards des 150 prisonniers de l'aile B de la prison des lueurs plus ou moins bienveillantes. En même pas deux minutes, l'inconnue était passée de visite étonnante à objet sexuel sans même passer par la case « être humain ».
smileLa jeune femme s'attendait à être scrutée par les détenus, mais elle ne s'attendait pas aux éclats de convoitise dans les yeux vitreux qui la détaillaient. Elle était consciente d'être jolie mais jamais elle n'avait eu cette sensation d'être déshabillée du regard comme un objet, jamais elle ne c'était sentie sans visage, juste un corps, anonyme et alléchant, jamais elle n'avait surpris dans les yeux de qui que ce soit cette bestialité qui voulait son corps comme de l'eau qui désaltère. Personne ne l'avait jamais regardé comme ça. Personne ne l'avait jamais regardé avec ce regard-là. Avec ce regard de fou. Et là, ils étaient cent cinquante. Elle prit soudain conscience d'être une proie. Elle aurait voulu mourir.
smileOn lui avait pourtant beaucoup décrit les prisonniers comme des diables échauffés. Des bêtes sans c½ur. Des erreurs de la nature avec les mains souillées de sangs innocents. Elle avait ri. Et elle avait répondu de sa voix chantante : « Ce sont quand même des êtres humains ! ». Elle avait ri. Elle avait tort. Ce n'étaient plus des êtres humains mais des déchets d'êtres. Etaient-ils déjà comme ça avant d'intégrer l'aile B de la prison ? Personne ne le sait vraiment. Mais c'est comme s'ils avaient laissé la façade derrières les grands pics de fer qui cernaient la prison. Derrière les façades, c'est jamais beau à voir, que ce soit dans l'aile B ou ailleurs. Derrière la façade il y a la douleur, le manque, il y a la cruauté, la souffrance, il y a la ranc½ur, il y a l'oubli, il y a l'envie, il y a la jalousie, la vanité. Il y a la chair à vif. À vif. L'humanité n'est qu'une façade. Derrière, il y a la loi bestiale, violente et innée du plus fort. La jeune femme s'apellait Emeline Hercourt et elle n'avait jamais rencontré de gens qui ont laissé les façades derrière des grilles de prison.
smileEmeline Hercourt menait une vie normale dans une ville normale. Une ville avec une prison et une aile B à qui personne ne pensait. Elle était professeur de français, et comme à beaucoup de professeurs dans les environs de prisons, on lui avait un beau matin, demandé de venir apprendre à lire et à écrire à des détenus. La différence entre Emeline et les autres, c'est qu'elle avait accepté. Ses amis lui avaient pourtant dit : « Emeline, ils ne sont pas comme tes élèves !; Emeline ils sont nombreux ! Emeline, tu es trop jeune !; Emeline, ils vont te traumatiser ! » Jusqu'au commentaire de sa grand-mère mourante « Ma pauvre petite, ils vont te tuer ! ». Emeline Hercourt s'en fichait. Elle estimait que c'étaient des gens comme les autres. Mais à 15h 30, en sentant les cent cinquante regards glacés couler sur son corps, elle avait soudain changé d'avis.
smileEmeline Hercourt tremblait derrière le blanc de son chemisier. Elle ne pouvait pas faire cours aux cent cinquante à la fois ! Ils entraient dans la salle par paquets. Ils tenaient à peine, ils se rapprochaient jusqu'à la toucher. Elle reculait, de plus en plus, redoutant le moment où elle sentirait le mur froid dans son dos, mais c'est une main chaude qui vint s'y coller, celle du directeur qui lui apparut à cet instant comme un sauveur. Il était bien coiffé et portait un costar, il souriait. Il avait conservé la façade et c'était rassurant. Mais nous sommes dans un monde dangereux, peut-être ce directeur en costar était-il plus dangereux que cet hirsute détenu édenté au regard de braise. Toujours est-il qu'il prit la parole :
« - Melle Hercourt est venue pour vous enseigner le français. Il a été convenu que l'on commencerait par les analphabètes. Ceux que j'appellerai iront avec Melle Hercourt pour commencer la remise à niveau. Joachim Ateman, Ahmed Acine, Antoine Barlon, Richard Chovre, Bastien Durouet ... »
La liste continuait tandis qu'Emeline Hercourt essuyait la sueur qui dégoulinait sur son front et replaçait une mèche derrière son oreille en un tic nerveux. Ses yeux se plissaient de plus en plus fréquemment. Déjà dix personnes dans son groupe, sa respiration s'accélérait. Quinze, elle était devenue blanche comme son chemisier, vingt, ses mains se tordaient, vingt-cinq, elle allait presque se mettre à pleurer lorsque la liste s'arrêta. Vingt-cinq personnes dans son cours pour aujourd'hui. Elle essuya ses mains moites sur sa jupe et inspira un grand coup. Le groupe se dirigea dans une salle dont les murs décrépis évoquaient les flammes de l'enfer.
smileIl n'y avait pas assez de chaises en bon état dans la petite salle. Certains prisonniers étaient donc restés debout, l'épaule posée négligemment sur le mur, d'autres s'étaient assis sur les tables ou sur le sol. Emeline n'osa pas leur demander de s'installer mieux. Elle prit son courage à deux mains et commença son cours. Elle écrit au tableau les trois premières lettres de l'alphabet en se traitant silencieusement de folle suicidaire. A, B, C. En majuscule et en minuscules. Le tableau portatif grinçait, on l'avait installé là pour l'occasion, et il s'accordait merveilleusement bien avec la vétusté de la pièce. Elle se dit qu'ils auraient pu au moins en mettre un neuf.
smileUne heure plus tard, Emeline Hercourt n'avait qu'une envie, s'échapper. La pièce avait une odeur mêlée d'hôpital et de crasse, pour ce qui est de l'odeur d'hôpital c'était sans doute dû au parfum de Fabrice Bourdin, quant à la crasse...Emeline soupira. On pouvait dire que le cours avait commencé plutôt bien. Un relatif silence, quelques rires par-ci par là, un intérêt moyen pour l'alphabet mais déjà des progrès de la part de certains détenus. Mais ça avait vite tourné au cauchemar. Au bout d'un quart d'heure, Emeline avait bien compris que les prisonniers s'amusaient beaucoup trop. Ils jouaient avec elle. Elle était une souris mourante et ils étaient vingt-cinq chats. Ils avaient commencé en l'interpellant au milieu de la syllabe « Ba ». Ils avaient dit deux ou trois bêtises sur sa jupe puis ils s'étaient tus. Un projectile avait ensuite volé droit sur elle, pour finalement s'écraser sur le tableau portatif qui était tombé par terre en grincant. Ensuite, un d'entre eux avait tenté de la faire tomber. Puis tout s'était dénoué d'un coup. Et elle avait eu droit aux pires injures qui lui avait jamais été donné d'entendre. Puis ils s'étaient levés. Elle avait reculé. Ils avaient ri. Ils avaient tenté de l'approcher. Elle avait haussé le ton. Ils ne s'étaient pas rassis.
smileEmeline Hercourt essayait de respirer. Elle ne voyait plus grande chose, à cause de la myopie. Enfin, c'est ce qu'elle se disait. En réalité, des larmes sournoises et traîtresses venaient brouiller sa vue tandis qu'elle abordait, en essayant silencieusement une vieille technique zen, la syllabe « du ». Elle tentait d'ignorait Carlos DaCosta, qui s'était approché d'elle jusqu'à la toucher. Elle avait continué son cours comme si de rien n'était, tentant d'écrire droit malgré sa vue brouillée par les pleurs. Tout était allé trop vite. Ils avaient su la déstabiliser. Ils la tenaient. À présent, ils savaient exactement quoi faire. Emeline avait le souffle court, mais elle s'arrêta de respirer tout net quand elle vit le petit scintillement dans la main de Carlos DaCosta. Elle retint son souffle pendant de longues secondes. Le soleil n'était pas bien fort, mais elle comprit aussitôt de quoi il s'agissait. Son regard cherchait une preuve qu'elle s'était trompée. En vain. Quand il n'y eu plus de doute, ses yeux remontèrent vers le propriétaire du canif qui était pointé sur son ventre.
smileCarlos DaCosta appréciait beaucoup ce moment de puissance. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait fait ça dégainer ce couteau qu'il gardait bien au chaud depuis des années. La prison n'avait pas un très bon système de fouille et son petit opinel avait été prit pour un pendentif familial qu'on lui avait rendu après sa condamnation. Évidemment, s'il n'avait pas été de l'aile B, rien ne se serait passé comme ça. Il se serait contenté de blagues salaces et de menaces en l'air. Mais dans l'aile B, les règles étaient différentes du reste de la prison. Dans l'aile B, on ne mettait pas les rigolos qui arrivaient par douzaines à la prison. Dans l'aile B, il y avait un code d'honneur implicite. Et ce code d'honneur indiquait clairement qu'il ne devait en aucun cas se laisser humilier par une jeunette qui le narguait avec son prétendu savoir. Carlos DaCosta était humilié par son analphabétisme, et il se faisait une joie à l'idée d'apprendre la vraie vie à cette gosse de riche.
smileEntre Emeline Hercourt et Carlos DaCosta, ce fut une histoire de regard. Elle, son regard flou de myope, rendu encore plus difficile à cerner à cause des larmes. Lui avec son regard brun, glacial et convaincu comme tous les regards de l'aile B. Elle le fuyait. Elle cherchait à s'échapper des yeux de l'autre. Elle ne voulait pas tomber dans le trou sans fond qui servait de prunelle à l'autre. Elle ne voulait pas laisser gagner l'autre. Lui cherchait à la capter, à la fixer pour toujours son image dans sa rétine, à l'emprisonner dans un regard avant de la laisser crever comme un chien sur le sol gris de l'aile B. C'était une chasse impitoyable. Une de ces chasses où on est jamais sûr de qui poursuit qui.
smileQuand Carlos DaCosta remarqua qu'Emeline Hercourt ne le regardait pas dans les yeux, il fut déstabilisé. Déjà cinq minutes qu'elle regardait l'arête de son nez, sans daigner tomber dans son piège, sans plonger dans son regard pour y rester à jamais. Emeline Hercourt avait une « Poker face ». Emeline Hercourt bluffait. Quand Carlos DaCosta se rendit compte qu'elle l'avait piégé, il ne tenait plus son coutelas, il était trop tard. Quand il prit conscience que sa main était vide et que ses yeux hagards fixaient en vain ceux, rougis, de son assassin, le couteau était planté dans son ventre, tendu par la main tremblante d'Emeline. Quand il se rendit compte qu'elle était belle, il était mort.


Photo prise et retouchée par moi. (main prophétique de Jade punissant l'obscurité...où alors, main agonisante dans la lumière cruelle d'un flash)

Clique

# Posté le mardi 06 octobre 2009 05:24

Auberge des 9 mondes

Auberge des 9 mondes
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L'auberge des 9 mondes est un forum RP (role player) qui n'attends que vous pour démarrer!
Le principe est simple: Il s'agit d'écrire une aventure de son personnage dans l'endroit du forum ou il l'a vécue.



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Ce forum comprends 9 mondes, dont une auberge qui fait le liens entre les différents mondes...
Vous pouvez incarner un humain, un atlante, une sirène, un selkies....et beaucoup d'autres!



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Amoureux de l'écriture, venez vous inscrire! Le tout formera une espèce de grande histoire collective des 9 mondes. L'histoire n'attends que vous pour commencer!!!

Auberge des 9 mondes -
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# Posté le lundi 05 octobre 2009 07:30

Modifié le lundi 05 octobre 2009 07:40

Je lis Gaston Miron:je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme je marche à toi, je titube à toi, je bois à la gourde vide du sens de la vie à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud à ces taloches de vent sans queue et sans tête je n'ai plus de visage pour l'amour je n'ai plus de visage pour rien de rien parfois je m'assois par pitié de moi j'ouvre mes bras à la croix des sommeils mon corps est un dernier réseau de tics amoureux avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus je n'attends pas à demain je t'attends je n'attends pas la fin du monde je t'attends dégagé de la fausse auréole de ma vie Gaston Miron. Illustre inconnu que j'aimerai sans doute, je cite Miron et moi aussi, je t'attends.

Je lis Gaston Miron:je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme je marche à toi, je titube à toi, je bois à la gourde vide du sens de la vie à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud à ces taloches de vent sans queue et sans tête je n'ai plus de visage pour l'amour je n'ai plus de visage pour rien de rien parfois je m'assois par pitié de moi j'ouvre mes bras à la croix des sommeils mon corps est un dernier réseau de tics amoureux avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus je n'attends pas à demain je t'attends je n'attends pas la fin du monde je t'attends dégagé de la fausse auréole de ma vie Gaston Miron. Illustre inconnu que j'aimerai sans doute, je cite Miron et moi aussi, je t'attends.
Poème à prononcer lentement, avec des mots plein la bouche, pleins de consonnes, seul devant son écran, les consonnes pleins la bouche, poème à prononcer lentement.

S'envoler

On se ment, on se ment, un jour on ira trop loin
Un jour on sera quelqu'un d'autre .On s'éteint, on s'éteint.
Ballons de baudruches, gonflés d'orgeuil, beaux parleurs.
On pleure beaucoup quand même tu sais, on pleure.

Un jour on sera quelqu'un d'autre .On s'éteint, on s'éteint.
Ne sais tu pas que tu te ment, que tu crois en toi ?
On sais parler beaucoup, dans notre silence.
On se pavane rimant jouant avec les autres et puis nous-même

Mais ne sais tu pas que les espoirs s'envolent
Ne sais tu pas que les vers ne suivent pas de lois ?
Ne sais tu pas que tu te ment, que tu crois en toi ?
On se ment on se ment, on l'oublie avec le temps.

Ballons de baudruches, gonflés d'orgeuil, beaux parleurs.
On se ment on se ment, on l'oublie avec le temps.
On a beau veiller tard, souffler souffler sur le foyer
On rit fort, on rime fort, Mais nos mots sonnent creux

On a beau veiller tard, souffler souffler sur le foyer
Souffler souffler sur nos espoirs avortés d'avance
On a beau se répeter qu'on est, qu'on est, qu'on est.
On sais parler beaucoup, dans notre silence.

On pleure beaucoup quand même tu sais, on pleure.
Mais ne sais tu pas que les espoirs s'envolent
Souffler souffler sur nos espoirs avortés d'avance
Ballons de baudruches, tu sais que nos mots sont creux

On se pavane rimant jouant avec les autres et puis nous-même
On rit fort, on rime fort, Mais nos mots sonnent creux
Ballons de baudruches, tu sais que nos mots sont creux
Mais on creuse, on creuse, on creuse encore.

Ne sais tu pas que les espoirs s'envolent
Que les espoirs s'en vont
Que les espoirs s'avortent
Se mentent, soufflent et creusent.
Que les espoirs s'enfoncent
Jusqu'à toucher le fond
Ne sais tu pas que les espoirs s'envolent, jusqu'à toucher le fond.
Avec le temps.




Photo prise et retouchée par moi.

Clique.

# Posté le lundi 21 septembre 2009 14:58

Modifié le lundi 21 septembre 2009 15:15

Les couleurs me prennent en otage et j'ai un sourire bleu-gris qui effleure la surface de mes eaux. C'est le ciel.

Ceci est une petite nouvelle poétique que j'ai écrit uniquement pour le style et non pour l'histoire.

Emilie.


SMILEUne des choses à savoir sur Emilie, c'est qu'Emilie ne s'appelle pas Emilie.
C'est une fille assez petite, blonde, non, pas si blonde, enfin, c'est compliqué. Elle est plutôt du genre taciturne, mais elle sait faire des sourires avec beaucoup de chaleur quand on a besoin d'un sourire avec beaucoup de chaleur, ça compense. Emilie a un timbre de voix assez aigu. Sa voix est criarde et se casse vite. On dirait que sa gorge se délite quand elle parle. Donc elle ne parle pas. Elle souris et ça passe. Les gens la prennent pour une timide légèrement débile. A vrai dire ça ne la dérange pas.
SMILEEmilie, c'est un drôle de nom pour quelqu'un qui ne s'appelle pas Emilie. A vrai dire, personne n'appelle Emilie Emilie. Autant dire qu'en ce moment, personne n'appelle Emilie tout court. Et pour ne rien vous cacher, ça l'arrange ; le téléphone, c'est le cauchemar des sourieuses taciturnes. Emilie vit dans un deux pièces en banlieue parisienne. Mais en ce moment, elle préfère passer la nuit dehors à distribuer des sourires. Les deux vieilles dames qui boivent le thé citron au bar tous les matins, la voient passer et se regardent en disant : « Qu'elle est mignonne cette petite » avec un accent fleuri du sud.
SMILEEmilie ne sait plus quel âge elle a. Peut-être vingt ans, peut être vingt de plus. Emilie, ça fait jeune comme nom. De toute façon, ce n'est même pas son vrai nom. Personne ne s'en souvient. Il faut dire qu'Emilie n'a pas d'amis. Pas assez pour que ça les gêne de ne pas savoir son prénom. Et comme c'est précisé plus haut, de toute façon, personnes ne l'appelle. Avec sa façon muette de sourire, elle sait que c'est elle que l'homme hèle « Mademoiselle ! » dans la rue quand elle a oublié ses lunettes à la table du bar.
SMILEEmilie fait le cauchemar quand elle dort. Elle aime que l'homme qui ramasse toujours ses lunettes la réveille quand elle s'endort à la table du bar. Elle le remercie et il retourne à sa table. Elle s'en va sous le regard mère poule des petites vieilles, le quartier est silencieux et elle a mal à la tête. Emilie a une vie qui s'organise comme ça ; le quartier, le bar, les vieilles dames, les amis qui n'appellent pas, le cauchemar, les thés au citron, les sourires.
SMILEEmilie sait qu'un jour quelqu'un appellera. Ou peut-être que c'est l'homme qui appellera. Il se sera procuré son adresse, et sera allé utiliser l'annuaire inversé. C'est pour ça que son téléphone est branché et qu'elle paye l'abonnement. Ce sera difficile parce qu'Emilie n'aime pas parler. Elle préfère sourire, c'est plus simple. Mais Emilie sait qu'un sourire, au téléphone, ça rend pas si bien que ça.
SMILEEmilie ne s'appelle pas Emilie. Emilie perd toujours ses lunettes. Emilie aime les yeux de l'homme qui ramasse ses lunettes. Emilie aime l'odeur chaude du thé citron. Emilie sait qu'un jour quelqu'un appellera. Emilie, drôle de nom pour quelqu'un qui ne s'appelle pas Emilie. Un nom, c'est déjà bizarre pour quelqu'un qu'on appelle pas.
SMILEEmilie sait que ça va pas durer. Que l'équilibre va se rompre. Emilie sait que ça va pas durer. Qu'un jour une histoire se mettra en place et qu'elle aura son propre nom. Emilie sait que ça va pas durer. Que l'odeur du thé citron c'est qu'un mirage. Emilie sait que quelqu'un va appeler parce que de toute façon. Il faut que ça se passe. Mais il y a peu de chances pour qu'elle soit chez elle à ce moment-là. Elle préfère aller perdre ses lunettes au bar et regarder les yeux de l'homme.
SMILEEmilie n'est pas chez elle quand le téléphone sonne. Il n'y a pas de message et elle ne rappelle pas. C'est comme ça qu'elle a imaginé l'appel. Elle a tout imaginé. Celui qui appellera, elle se dit, celui qui appellera, il aura les yeux de l'homme, un peu vagues, et l'odeur du thé citron. Il aura une voix chaude et envoûtante comme dans le cauchemar. C'est étrange d'ailleurs qu'elle sache comment est sa voix, puisque dans son imagination, celui qui appellera ne parle pas. Il lui donne seulement son souffle à travers le combiné. Puis le silence. Donc ça semble plutôt normal qu'il ne laisse pas de message.
SMILEEmilie attend, mais celui qui a appelé ne rappelle pas. Ce n'est pas très dérangeant parce qu'elle sait qu'il va réapparaître et tout changer. Peut-être qu'il va l'embrasser ou peut-être qu'il va la tuer. L'emmener ou repartir sans elle. Et elle se laisse couler en attendant qu'il la bouleverse. L'homme qui ramasse ses lunettes la regarde avec une moue attristée. Après réflexion, il ne peut pas être celui qui a appelé. C'est impossible, ça ne colle pas avec le souffle chaud dans le téléphone. Il soupire. Il doit la trouver bien solitaire. Il ne sait pas qu'elle n'est pas toute seule avec son cauchemar et ses lunettes qu'elle perds. S'il savait que quelqu'un va venir pour elle, il s'occuperait de ses propres solitudes.
SMILEEmilie se demande comment celui qui a appelé va la nommer. Elle ne le laissera pas l'appeler comme tout le monde, Mademoiselle. Et puis elle a oublié son vrai prénom. Il ne peut pas non plus l'appeler Emilie, parce que ça, c'est un nom qui sert uniquement quand le narrateur ne sait pas comment la désigner. Peut-être qu'il l'appellera «Mon c½ur », «toi » ou «pauvre tache» ou quelque chose de très grossier et offensant. Elle n'a pas encore décidé s'il est violent ou doux. Ça la changerait qu'il soit violent, avec des mots durs, avec des accès de folie qui la propulseraient sur le sol avec le nez en sang. Mais ça, sa marche uniquement s'il part sans elle. Pour laisser son nez cicatriser. Ce serait dommage qu'elle soit pleine de sang quand elle deviendra soudainement heureuse. Parce qu'Emilie a décidé que quand il s'en ira, avec ou sans elle, elle découvrira le bonheur. Et que tout d'un coup comme ça, elle sera heureuse.
SMILEEmilie ne sait pas le jour et l'heure. Elle sait que c'est aujourd'hui. Que celui qui a appelé va arriver. Elle le sait et elle se demande si elle ne va pas le rater. Il faut dire que ce serait dommage. Emilie espère qu'il sera un minimum intuitif parce que s'il faut en plus tout lui expliquer, les histoires de nom, de téléphone, de cauchemar et de thé au citron, ça va faire long. Emilie ne sait pas le jour et l'heure, Emilie ne sait pas son prénom, Emilie ne sait pas son propre numéro de téléphone, mais Emilie sait que c'est aujourd'hui. Emilie souris.
SMILEEmilie est endormie quand celui qui a appelé arrive. Elle est dans la moiteur du cauchemar. L'homme qui ramasse ses lunettes la réveille. Les deux vieilles dames au thé citron la regardent avec bienfaisance. Ce sont les seules à avoir ri avec leur rire puissant comme un feu de forêt quand Emilie leur a dit qu'elle ne se souvenait plus de son prénom. Elle se lève et souris. Puis elle reprends plusieurs fois son souffle avant de s'approcher de celui qui a appelé. Il n'a pas l'air de comprendre très bien ce qui se passe quand Emilie le prend par la main. Mais elle doit être particulièrement jolie aujourd'hui parce qu'il la suis sans broncher, sauf un petit « mais ? » étonné, qui ne compte pas.
SMILEEmilie ne sait pas trop ce qu'elle fait. Elle emmène chez elle cet inconnu dont elle connaît les moindres recoins. Elle l'introduit chez elle. Ce bel inconnu dont elle connaît tout. Enfin, bel inconnu...Il n'est pas vraiment beau. Il n'a pas les traits très droits, il n'a pas ce regard de celui qui sait tout. Il n'a pas ce regard perçant. Il n'a pas ce regard de celui qu'on aime au premier coup d'½il. Ses yeux sont beaux mais naïfs. Comme ceux d'Emilie. Il ne sent pas vraiment le thé au citron. Il a une odeur de papier. Une odeur de papier neuf. Il ne parle pas mais sa voix a semblé pure quand il a eu ce « mais ? » de surprise. Elle ne l'avait pas du tout imaginé comme ça et c'est tant mieux. Celui qui a appelé est une page blanche et Emilie est décidée à tout écrire dessus
SMILEEmilie lui fait à manger, Emilie lui parle. Emilie dit tout. Tout absolument tout. Lui, se tait. Elle n'arrive pas à savoir s'il pense qu'elle est dingue ou s'il a cette intuition qu'elle lui voudrait. De toute façon, il se tait. Parfois, il la regarde dans les yeux, puis soupire en détournant le regard. Elle ne cherche pas à savoir qui il est. De toute façon, il ne semble pas avoir envie de raconter. Il joue le rôle de celui qui écoute. Elle lui dit qu'elle n'a pas de nom et pas d'âge, pas d'attaches, et que personne ne fait attention à elle, à part l'homme qui ramasse ses lunettes et les deux petites vieilles. Il hoche la tête.
SMILEEmilie n'en peut plus. Elle a tout dit, tout vidé. Il ne reste plus rien. Plus que la peau sur les os, le c½ur qui bat à peine et les yeux vides. Emilie n'a plus d'histoire. Plus de « Mademoiselle ! » au détour d'une rue, plus de thé citron, plus d'homme, plus de bar, plus d'abonnement téléphonique, même plus d'absence de nom. Quand on en est à une absence d'absence, ça commence à devenir grave. Il s'est gorgé de son manque de souvenirs comme une pêche de soleil. Son histoire à lui devient rouge et toute gonflée. C'est un fruit mûr qu'il va falloir cueillir. Sinon il va tomber et il ne restera plus qu'un noyau, de la chair en décomposition et du jus aspiré goulûment par la terre.
SMILEEmilie attend. Le silence pèse à présent dans l'appartement. Celui qui appelle vit avec elle depuis presque un mois. Un mois à lui donner son histoire. Elle ne pensait pas qu'elle aurait tant de choses à raconter. Ni tant de silence à partager. Maintenant, il faut que ce soit lui qui parle. Que se soit lui qui écrive. Elle lui a donné tout son encre. Il est un roman à présent, elle lui a donné toute son encre. Elle n'est plus qu'une page blanche. Il faut qu'il fasse ce pourquoi il est venu. Lui fabriquer un passé, un présent et esquisser un futur. Parce qu'Emilie n'a rien de tout ça. Elle s'était inventé une histoire mais ça ne tiens plus debout. Le bar, les vieilles dames, l'homme qui ramasse ses lunettes, le cauchemar, l'abonnement téléphonique...Ça peut plus tenir debout. Il faut que ça s'écroule, irrémédiablement.
SMILEEmilie écoute. Le silence au début, parce qu'il ne dit rien. Puis peu à peu, il parle. Par épisodes. Par soupirs. Il dit « Je ne suis pas celui qui appelle, tu comprends, je ne t'ai jamais appelé. Ni sur ton téléphone dont le je ne connais pas le numéro. Ni par ton vrai prénom que je ne connaîtrais jamais. ». Puis il se tait pendant des jours entiers. Sa voix est grave et pure à la fois, comme une voix de conteur. Emilie sourit. Celui qui appelle n'a jamais appelé. C'est déjà pas mal comme début. Il continue à parler. Il invente une vie. Il écrit dans les grands yeux vides d'Emilie une histoire qu'elle n'a jamais vécue et qui est la sienne.
SMILEEmilie à parfois l'impression de passer de mensonges en mensonges. Même si ça ne la gêne pas vraiment, de toute façon, il est trop tard pour récupérer une histoire vraie de A à Z, sans trou de mémoire et sans poèmes. Sa vie entre le bar et l'appartement n'était qu'un leurre. Et celui qui n'a jamais appelé lui en invente un nouveau. Mais c'est un beau leurre. Un mirage souriant et poétique. « Tu dors depuis toujours et tu viens de te réveiller, comme un enfant qui naît ». Il faut dire que celui qui n'a jamais appelé connaît Emilie sur le bout des doigts maintenant. Il sait ce qu'elle attends de lui. Emilie est parfois un peu psychopathe. S'il veut sortir un jour vivant de cet appartement, il va falloir la rendre heureuse.
SMILEEmilie écoute. Il n'y a plus de silence. Les regards hurlent et remplissent la pièce d'une nouvelle vérité. Celui qui n'a jamais appelé parle d'une voix précipitée « Tu aimes la musique, beaucoup, tu as 23 ans, tu as toujours vécu entre deux mondes et tu es un peu paumée, c'est pour ça. ». Pour ça quoi ? Emilie sourit. Il l'appelle « Jolie ». Il lui dit « Tu est poète depuis toujours et tu trace de grands mots dans l'air ». Qu'est-ce qu'ils disent, les grands mots dans l'air ?Emilie sourit. Il l'appelle « Petite fleur ». Il ne répond jamais aux questions. Emilie n'en pose d'ailleurs pas beaucoup. Elle écoute comme une petite fille. Parfois il lui dit « Moi c'est différent, je ne suis là que pour ton histoire. Moi c'est différent. Je ne suis qu'un songe. Moi c'est différent. » Différent de quoi ? Emilie sourit. Il l'appelle avec les yeux.
SMILEEmilie aime l'histoire qu'il lui a fabriquée. C'est une histoire tremplin, on peut sauter dessus de toutes ses forces et rebondir dans la vraie vie. C'est une histoire flambant neuve, c'est une histoire ou son avenir est possible. C'est une histoire qui ne deviendra pas un chapelet d'habitude. C'est une histoire où les gens laissent des messages sur les répondeurs. C'est une histoire qui lui donne un passé, un présent et qui esquisse un avenir. Emilie aime écouter pendant des heures, des heures entières à se rendre ivre avec les mots. Celui qui n'a jamais appelé se lève tôt le matin. Il reste des heures en silences, pour ne pas perdre pieds avec les mots. Quand Emilie se lève, il est là et il commence à parler sa voix, c'est une voix de narrateur dans les films. Une voix-off qui rythme Emilie. Il la regarde et elle sourit. Elle ne se demande jamais si quelqu'un l'attends là ou il habite, il ne parle jamais de lui. C'est comme si c'était juste un rêve.
SMILEEmilie se réveille un matin et elle sait qu'il est parti. Qu'il a mis le point final à son histoire et qu'il est parti. Emilie sourit. Elle regarde le ciel, le soleil est déjà là. On doit être en été. Emilie se souvient de son histoire. Celle que celui qui n'a jamais appelé lui a tissé comme un conte de fées. Sur la table, il y a une petite lettre accrochée avec du scotch : « - Bonjour petite fée. Je m'en vais loin de ton histoire que j'ai remplie avec des mots. Tu sais, je n'avais jamais fait ça avant, écouter et comprendre, puis raconter. J'ai une vie, une petite vie, quelque part moi aussi, et elle m'attends. Tu m'as appris à écouter. Je suis resté 3 mois petite fleur. Et maintenant je m'en vais parce que j'ai rendu quelqu'un d'heureux. Je t'aime beaucoup petite fleur. Grâce à toi, je suis devenu celui qui appelle. Je m'en vais. ». Puis sur un post-it, à côté un numéro de téléphone. « Téléphone-moi, Anna. » Signé Oscar. Emilie s'appelle Anna. Elle s'appelle Anna et il veut qu'elle lui téléphone. Elle prends le combiné puis le repose. Il ne manquerai plus qu'elle appelle celui qui appelle.
SMILEAnna éclate de rire
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Ecrite en écoutant ça & ça

# Posté le mercredi 26 août 2009 06:31

Modifié le mardi 01 septembre 2009 08:21

J'ai peur de tomber. Peur de tomber dans les gouffres que mes espoirs creusent.

J'ai peur de tomber. Peur de tomber dans les gouffres que mes espoirs creusent.
Souris

Allez souris enlève tes loufes
Oublie le mal qu'il t'a fait
Ton mascara est waterproof
Mais il paraît qu'tu pleures jamais

Tu cours, tu t'essouffles et te meurs
T'as beau essayer d'respirer
Tu perds un peu plus de chaleur
À chacune de tes foulées

À trop regarder en haut
Ta vie est devenue plus dure
T'est écrasée par ce fardeau
Perdue dans tes désirs d'azur

Reviens parmi ceux qui t'aiment
Oublie les poussières d'étoiles
Ces soifs de bateaux que tu sème
Ils en lèveront la grand-voile

Va falloir apprendre à sourire
Et peut-être aussi à pleurer
Ce s'rait bête que tu les fasses fuir
Ces gens qui t'aiment à en crever

Arrêt de c½ur dans l'atmosphère
Tu cours et tu te délites
Il s'rait temps d'faire machine arrière
D'arrêter d'courir si vite

Souffle, souffle sur tes poussières
Oublie ce garçon et l'amour
Tu deviendras tellement légère
Qu'tu t'envolera dans un bruit sourd


Photo prise et retouchée par moi.

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# Posté le dimanche 16 août 2009 05:14

"A ton étoile"

"A ton étoile"
Il y a ce type à la télé qui veux conquérir la verticalité sur une barre de fer. En fond, une chanson de Noir désir. « A ton étoile ». Cette chanson m'écrase. L'horizontal me pèse dur les hanches quand je vois ce ciel noir. « A ton étoile ». Et il y a ce type à la télé qui conquérit la verticalité sur une seule barre. Elle a beau faire quatre fois sa taille, ce n'est qu'un grand morceau de ferraille. Qui contient toute la verticalité que l'on cherche.
La verticalité, ce n'est pas la tour Eiffel. Ce ne sont pas les grattes ciels. C'est cette faculté de regarder les étoiles sans sentir l'horizontal peser sur ses hanches. On aura beau se mettre sur la pointe des pieds, tant qu'on n'aura pas maitrisé ce grand tube de fer, on ne sera rien. « A ton étoile ».
Putain. Il l'a tuée. Pourtant. Ses chansons sont d'une justesse absolue.
Il aurait juste dû éviter de la tuer.
« A ton étoile ».
On a beau se mettre dans la tête que c'est un connard. Qu'elle ne méritait pas ça. On a beau se dire qu'il était génial, juste. On ne saura jamais qui il est. « A ton étoile ».


Photo prise et retouchée par moi.

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# Posté le samedi 11 juillet 2009 05:42


J'ai jamais vraiment tenté d'écouter ça musique. Mais je savais qu'il était là. Et je savais que quelque part dans ce monde, il y avais ce génie. Il y avais ce prodige qui nous sauvait un peu.
Je ne l'ai jamais vraiment regardé danser. Mais je savais qu'il était là. Et je savais que quelque part dans ce monde, il y avait ce danseur. Il y avait ce magicien qui faisait tourner le monde en marchant sur la lune.
Je n'ai jamais prêté attention à lui. Ce n'était pas ma génération. Pas mon univers. Pourtant. Et. Je sais que c'est égoïste. Je sais qu'une pleureuse de plus ça sert à rien. Mais je l'écoute à présent, et c'est un monde qui renait.

Il est mort.

Et je sais que quelque part, ce n'est pas mon monde qui s'écroule.
Mais c'est un monde tout de même.

# Posté le mercredi 01 juillet 2009 09:30

Spleen&Chocolate... Elvis Costello&Soupirs Facebook&Chroniques de San Francisco Moi.

Spleen&Chocolate...          Elvis Costello&Soupirs            Facebook&Chroniques de San Francisco                                      Moi.
Ces moments m'enveloppent comme une traînée de poussière.
Immenses, interminables, il est tôt, déjà trop tard.
C'est le spleen c'est le blues, coup de cafard
Mes seuls regards sont pour hier.


Photo prise et retouchée par moi.

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# Posté le mardi 02 juin 2009 12:45

But what you've done here/Is put yourself between a bullet and a target/And it won't be long before/You're pulling yourself away

But what you've done here/Is put yourself between a bullet and a target/And it won't be long before/You're pulling yourself away
Ballade

C'est le soir j'ai le monde à mes pieds.
Je ne sent plus mes jambes, foutues
J'ai marché, putain, ce que j'ai pu marcher
C'est la nuit, c'est la nuit, je n'en peut plus.

Comme un petit côté mélancolique
Qui monte dans la fraicheur de la nuit
Se profile au loin le minuit maléfique
Comme un petit côté sans-abri

Ô perfection des jours impurs
Les moments ou on ne réflechit plus
Les moments ou tout est moins dur
Ô perfection des jours perdus

J'ai marché, j'ai marché toute la nuit
J'ai sentit l'horizon sous mes pieds
Acide ces longs moments de vies
Où l'on voit le jour nouveau qui naît


Photo prise et retouchée par moi

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# Posté le jeudi 28 mai 2009 14:57

Envie d'écrire des chansons - Envie de partir - Envie d'écrire des poèmes - Envie de partir - Envie d'écrire un roman - Envie de partir - J'écrit? - Je pars.

Envie d'écrire des chansons - Envie de partir - Envie d'écrire des poèmes - Envie de partir - Envie d'écrire un roman - Envie de partir - J'écrit? - Je pars.
Envie de vivre.

Il y a ces envies de vivre
Qui nous montent à la tête
Le bonheur nous rends ivre
Il y a ces envies de fête

Juste envie de marcher,
Marcher lentement, marcher loin
Marcher là ou on peut hurler.
Personne n'entendra rien

Je découpe des silhouettes.
Pas de forme, pas de couleur
Je découpe des amourettes
Des chocs de coeur à coeur

Prendre la vie comme elle vient,
Prendre la vie comme on peut
Parfois elle ne vaut plus rien,
Parfois on est amoureux

Toujours un halo de lumière
Dans les jours monotones
Toujours un espoir fier
Subsiste, il y a ces coeurs qui tonnent.

Je veux vivre à en pleurer
Je veux vivre, aimer chaque rire
Je veux vivre, je veux aimer
Je veux vivre à en mourir.


Photo prise et retouchée par moi.

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# Posté le samedi 23 mai 2009 02:49